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Axe 1 : Reconfigurations du politique, mobilisations sociales et accès aux ressources

Le champ politique dans les pays en développement a été marqué, ces dernières années, par l’émergence de processus souvent inattendus, dont les contours et les dynamiques ont questionné la pertinence des catégories d’analyse classiques. Les outils de lecture et d’analyse existants sont apparus inopérants pour saisir dans leur complexité des phénomènes tels que :


•    le renouvellement des acteurs et des formes de mobilisation collective ;


•    la généralisation des dispositifs de gestion des conflits et de sorties de crise (justice pénale internationale, prééminence croissante des normes bureaucratiques sur les décisions politiques, recours à des procédures de recherche de consensus) ;


•    la contestation de discours universalistes occidentaux ; le renforcement des « politiques de l’identité » ;


•    la renégociation de la place de l’État (entre retrait, retour et hybridation des formes de son action) du fait d’une pluralité de facteurs (crises financières, nationalismes, montée en puissance de l’informel et de réseaux globalisés, privatisation de l’action publique, réinvestissement du public par le privé, etc.).


La difficulté à rendre ces changements intelligibles invite non seulement à interroger les objets, les catégories et les outils d’analyse du politique dont se sont dotées nos disciplines, mais aussi à confirmer la faible pertinence qu’il y a à analyser ces changements à la lumière de la dichotomie Nord/Sud. C’est ainsi la spécificité de nos terrains « pays en développement » qui est remise en question tant d’un point de vue empirique que méthodologique ou théorique.
Les travaux qui seront menés au sein de cet axe visent à contribuer à une analyse du politique en termes d’objets et de catégories d’analyse, de postures méthodologiques et de réflexion épisté-mologique.


Croiser les objets et les catégories d’analyse

Nos objets de recherche sont constitués par les processus et les réalités observés mais également par les façons – méthodes et théories – de les saisir et de les analyser. L’analyse des modes de transformation de ce que nous appréhendons et de ce qui est perçu comme « politique », au fil des différents contextes d’étude, constitue un aspect central de nos recherches. Ace jour, les objets  privilégiés sont :


•    Les effets des politiques de restructuration des États « en développement » : normes, programmes et jeux d’acteurs ;


•    Les reconfigurations du politique, du juridique et du religieux dans les pays qui ont connu des déstabilisations d’origine sociale et des soulèvements politiques d’importance, voire des révolutions ;


•    Les processus de sécurisation alimentaire dans des contextes de fragilités et de crise complexes et durables;


•    Les transformations des paradigmes, des enjeux, des conflits, des compromis autour des politiques sociales.


Ces objets permettent, en parallèle, d’explorer cinq catégories fondamentales d’analyse du politique:


•    les institutions, leur historicité, leur légitimité et leurs rôles ;


•    les normes et les règles : leur émergence, leur fonction de fixation des rapports de pouvoir, des compromis ainsi que leur contestation et leurs modes d’appropriation par les différents acteurs ;


•    les formes renouvelées de protestation et d’action collective revendicatrice, les mouvements et acteurs sociaux : leur structuration, les liens tissés entre acteurs de différents ordres (politique, institutionnel, social,) ou statuts (légal ou illégal), les formes de leur reconnaissance, les lectures qui en sont faites ;


•    l’action publique et l’action politique, qu’elles émanent des pouvoirs et institutions étatiques ou d’autres acteurs locaux ou transnationaux ;


•    les pratiques et les usages du politique au plan individuel et collectif, que les groupes considérés soient professionnels (paysans, bureaucrates, ouvriers, etc.) ou non (élites, groupes religieux, communautés,…).


Questionner les postures méthodologiques


Par le travail de recherche sur ces objets, nous voulons mettre en lumière, d’un côté, l’émergence de nouvelles formes et modes d’expression et configurations du politique sur nos terrains ; et, de l’autre, la nécessité de mobiliser et de forger de nouveaux outils d’analyse de la domination, de la résistance, de la négociation, de la mobilisation, de la solidarité, de la gouvernementalité, de la subjectivité, de la légitimité et de la citoyenneté. L’émergence de ces formes, procédures et arrangements, conduit progressivement à reconfigurer les dispositifs d’intervention et les modes d’action publique comme les nouvelles façons d’appréhender le politique – conflits, sécurité, subordinations, mise au travail,… – de la part des pouvoirs, des prescripteurs et des organisations. Ces transformations mettent à l’épreuve (et en tension) les catégories construites par nos disciplines, qui s’avèrent souvent peu capables de rendre compte de ce qui émerge, réalités surprenantes, ignorées ou rendues invisibles. Il s’agira ainsi de prêter attention aux « angles morts » des analyses du politique, suscités parfois par nos propres découpages du réel.


Sous un angle méthodologique, c’est donc autant à une prise de conscience, à un partage et à une valorisation de ces espaces analytiques que nous souhaitons travailler, en nous appuyant sur la diversité de nos positionnements, de nos expériences, de nos appartenances disciplinaires, de nos lieux de recherche  et des échelles auxquelles nous appréhendons nos terrains (micro-local, infranational, national, transnational, global).


Cette posture organise divers thèmes de recherche, qui seront déclinés sur des objets histo-riquement et géographiquement situés : par exemple, une lecture des formes de gouvernement et de mobilisation, qui met à l’épreuve les outils d’analyse de la stabilité des ordres politiques et conduit à privilégier la notion d’hybridation de ces formes. Ou encore la notion d’États fragiles, opératoire dans la conduite des interventions internationales, qui croise une analyse institutionnelle, une analyse perfor-mative et une approche en termes de formes de la domination politique. Une interrogation particulière sera menée sur les notions de fragilité, de crise et de vulnérabilité au nom desquelles un type particulier d’État est promu.


Dans l’analyse des « nouvelles » politiques sociales, nous constatons également de fortes ambi-valences entre objectifs d’émancipation des bénéficiaires – citoyens, et ceux d’assujettissement des conduites et des subjectivités par les pratiques qu’elles induisent. Les dispositifs de sécurisation alimentaire demandent, eux aussi, à être revisités, tant les décalages, entre objectifs normés et réalités vécues, entre mesures techniques et  injonctions politiques, sont importants. La formulation des normes et des règles édictées au plan international en termes de cadres éthiques, laissées à la libre adaptation des États mais, de fait, contraintes par des procédures bureaucratiques, nous encourage aussi à penser autrement les relations internationales et le rôle des institutions multilatérales. De même, il importe de prêter attention aux réappropriations de la normativité internationale dominante par les groupes sociaux qui accordent à cette dernière des sens et des significations qui correspondent à leurs intérêts contradictoires. Enfin, c’est aussi la notion de consensus, mobilisée dans la construction et la légitimation d’arrangements internationaux, nationaux ou locaux, qu’il s’agisse de politiques publiques, de procédures judiciaires ou de gestion post-conflit, qui doit être réexaminée comme fait politique et comme catégorie.

Contribuer à une réflexion épistémologique


Dans le champ du développement, les discours et les théories critiques se multiplient, remettant en cause les postures de recherche forgées dans un ordre international postcolonial et/ou néocolonial, ainsi que les outils et catégories mobilisées. Les présupposés (prétendument universalistes) de la construction de la connaissance sur les « pays du Sud » dans les « pays du Nord » sont bousculés, tandis que d’autres modes de compréhension des sociétés du Sud dans le cadre de la globalisation revendiquent de façon croissante la reconnaissance de leur pertinence et de leur légitimité. Les débats portent pour beaucoup sur les dimensions du politique, des hégémonies et des résistances « cachées » sous des arrangements et des conventions apparemment consensuels et apaisés. Ils insistent sur la dimension située de tout discours, dans ce qu’il dit comme dans ce qu’il tait, tout en mettant en lumière les circulations d’idées, de schèmes, de théories. D’autres insistent sur une nécessaire prise en compte des politiques des pays du Sud qui expérimentent, depuis déjà longtemps, l’État et la « modernité» politique et également sur le fait qu’aussi bien les pays du Nord que les pays du Sud sont affectés par les contradictions de la globalisation démocratique.


Nous pensons pouvoir contribuer à cette sociologie des absences et des émergences par une réflexion épistémologique et critique, sur nos résultats et nos pratiques de recherche, qui rend visible ces rapports de forces euphémisés, à l’œuvre dans les lectures linéaires du développement, de la modernité et du changement. Cette sociologie doit nécessairement se confronter aux présupposés de naturalisation des différences, lesquelles sont traversées par des interprétations culturalistes et des formes identitaires du politique ; elle s’attache, enfin, à prendre au sérieux les différents registres de sens parfois peu reconnus mais néanmoins dignes d’intérêt.


Cette réflexion sera rendue possible notamment grâce au principe de diversité revendiquée et mise en œuvre (de disciplines, de terrains et d’échelles d’analyse). Elle pourra être partagée au sein de l’UMR avec d’autres axes et programmes, mais aussi faire l’objet d’échanges et de travaux communs avec d’autres équipes de recherche nationales et internationales.

 

 

Responsable : Roser CUSSÓ

 

Chercheurs et enseignants-chercheurs : Sarah Ben Nefissa (chargée de recherche HDR en sciences politiques, IRD) ; Frédéric Bourdier (chargé de recherche HDR en anthropologie, IRD) ; Sylvie Capitant (maître de conférences en sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne IEDES) ; Roser Cussó (professeure de sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne IEDES) ; Alain Desdoigts (professeur d’économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne IEDES) ; Gérard Grellet (professeur émérite d’économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne IEDES) ; André Guichaoua (professeur émérite de sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne IEDES) ; Pierre Janin (chargé de recherche HDR en géographie, IRD) ; Anne Le Naëlou (maître de conférences en sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne IEDES).


Chercheurs associés : Moustapha Diop (professeur d’anthropologie, Université de Sonfonia-Conakry, Guinée) ; Eric Joël Fofiri Nzossie (enseignant-chercheur en géographie, Université de Ngaoundéré au Cameroun) ; Tourya Guaaybess (maître de conférences en sciences de l'information et de la communication, Université de Lorraine) ; Levent Ünsaldi (maître de conférences en sociologie, Université d’Ankara), Turquie Ariel Planeix (docteur en anthropologie) ; Hélène Roux (docteure en sociologie politique) ; Alexis Roy (docteur en anthropologie, post-doctorant) ; Thomas Serres (docteur en sciences politiques) ; Krisna Uk (directrice du Center for Khmer Studies, Cambodge) ; Mehrdad Vahabi (maître de conférences HDR en économie, Université Paris 8).